Enquête sur nos usages numériques confinés

Lors du confinement, le groupement d’intérêt scientifique Marsouin a lancé l’enquête Capuni Crise pour connaître nos usages du numérique. Entre travail et école à distance, comment cette période particulière a-t-elle été vécue par les internautes ?

 

Lors du confinement les outils numériques sont devenus notre meilleur allié pour garder contact avec le reste du monde, pour le meilleur ou pour le pire. Pour savoir comment ces perturbations ont été vécues, l’enquête Capuni Crise a sondé les internautes durant cet évènement unique. Soazig Lalancette, Joël Langonné, Pierre Le Bras et Géraldine Guérillot ont coordonné cette enquête exceptionnelle au sein du groupement d’intérêt scientifique (GIS) Marsouin, qui inclut plusieurs établissements bretons dont IMT Atlantique.

Financé par la Région Bretagne, le GIS Marsouin étudie régulièrement depuis 2001 les usages du numérique dans la région, que cela concerne les individus, les entreprises ou les acteurs publics. Depuis 2019 un financement de l’Agence nationale de la cohésion des territoires a permis d’étendre ces études à une échelle nationale. « Notre valeur ajoutée est de créer des enquêtes de façon collaborative avec des chercheurs pluridisciplinaires pour que les résultats puissent aussi les aider à avancer dans leurs recherches » indique Géraldine Guérillot, chercheuse à IMT Atlantique et coordinatrice de l’enquête Capuni Crise.

« L’intérêt de cette enquête est de mieux comprendre les usages du numérique pendant le confinement sur des questions assez générales comme l’accessibilité, le télétravail, l’école à la maison, ou encore un aspect plus psychologique sur les manières de se déconnecter » souligne-t-elle. En tout, 1 500 bretons et 1 000 français hors Bretagne ont été interrogés.

De nouveaux usages du numérique

L’enquête concerne toute personne majeure de France métropolitaine, utilisant internet ou pas. Cela dit la majorité des questions sont dédiées aux internautes personnes ayant utilisé le numérique au moins une fois au cours des trois derniers mois. « L’une des choses nous ayant surpris dans cette enquête est que les français se trouvent globalement bien équipés et qu’ils n’ont pas ressenti de manque au niveau du matériel » indique Géraldine Guérillot.

Pourtant, le confinement a donné lieu à de nouveaux usages du numérique. Les chercheurs ont remarqué une augmentation des téléconsultations médicales pour des personnes qui ne l’avaient jamais fait auparavant. Cela peut s’expliquer par une peur de se rendre en personne dans un cabinet durant l’épidémie. « Nous l’avons aussi remarqué avec les courses » ajoute la chercheuse, « avec un quart d’internautes se mettant à le faire en ligne pour la première fois ».

« 41% des internautes se disent plus connectés que d’habitude pendant le confinement » indique-t-elle, « et cela plus par nécessité que pour des usages récréatifs ». 43% des parents ont découvert les outils numériques nécessaires pour l’école à distance lors du confinement tandis que la moitié des internautes ayant dû télétravailler pendant le confinement ne l’avaient jamais fait auparavant. Dans l’ensemble, cela marque une progression dans les connaissances des outils numériques. Géraldine Guérillot précise que « 21% des internautes pensent savoir faire plus de choses avec le numérique qu’avant le confinement » et que cela regarde principalement les télétravailleurs, les étudiants ou ceux impliqués dans le suivi de l’école à la maison.

Des usages bousculés

Les chercheurs du GIS Marsouin ont remarqué une grande différence avec 2019 sur la satisfaction du débit. Ils ont sondé les internautes sur des usages de bas, moyen et haut débits et tous semblent moins satisfaisants aux yeux des français. Géraldine Guérillot indique ainsi que pour les besoins de haut débit comme les jeux vidéo ou les visioconférences, beaucoup moins d’internautes sont satisfaits. Et cela semble être lié au sentiment d’efficacité en télétravail. « Seulement 26% des internautes se trouvent plus efficaces en télétravail. ET ceux qui se trouvent moins efficaces sont aussi ceux ayant le sentiment que leur débit est moyen voire mauvais » complète-t-elle.

Les conditions du confinement ont été particulières et une demande massive de débit s’est faite ressentir à travers l’hexagone, car une obligation massive de travail et d’école à distance s’est imposée. Ces conditions de télétravail s’installent aussi dans un cadre particulier, en continu, sans vie sociale, avec parfois des enfants à charge et sans forcément d’espace de télétravail adapté. Parmi les individus qui se sont retrouvés en télétravail lors du confinement, un peu moins de la moitié ne souhaite plus en faire dans le futur.

« Une écrasante majorité de ces personnes ne voulant plus télétravailler sont ces internautes projetés d’un coup en télétravail lors du confinement et qui n’en avaient jamais fait l’expérience auparavant » souligne Géraldine Guérillot. Par ailleurs, seulement 55% des internautes estiment avoir réussi à séparer leur vie privée et leur vie professionnelle.

« Une hypothèse intéressante à approfondir serait de savoir si le confinement creuse les écarts entre ceux qui savent se servir du numérique et qui ont l’impression d’avoir progressé et ceux qui ne l’utilisent toujours pas, volontairement ou non » questionne-t-elle. Mais l’enquête semble aussi faire ressortir une évolution du positionnement des non-internautes. « En 2019 une bonne partie se disait plus heureux de ne pas utiliser Internet» indique la chercheuse. « Aujourd’hui les avis sont moins tranchés. » L’enquête Capuni Crise souligne qu’effectivement, les outils numériques ont ouvert le champ des possibilités pour traverser cette crise singulière qui se différencie du travail ou de l’école à distance en temps classique.

 

Tiphaine Claveau pour I’MTech

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