5G-Victori : des tests à grande échelle pour les industries verticales

Dans l'usine du futur, les solutions de surveillance avancées, déployées sur le réseau 5G, doivent permettre de détecter les pannes d'équipement et d'appuyer le processus décisionnel des premiers intervenants.

Vingt-cinq partenaires européens sont rassemblés dans le projet 5G-Victori, lancé en juin 2019 pour 3 ans. Ils mènent des essais à grande échelle afin de valider des cas d’usage avancé pour les industries verticales, dans des environnements 5G commercialement pertinents. Navid Nikaein, chercheur à EURECOM, partenaire clé du projet 5G-Victori, en détaille ici les enjeux.

 

Dans quel contexte le projet H2020 5G-Victori a-t-il été monté ?

Navid Nikaein : 5G-Victori (Victori pour VertIcal demos over Common large scale field Trials fOr Rail, energy and media Industries) est financé par la Commission européenne dans le cadre de la 3ème phase des projets 5G-PPP (5G Infrastructure Public Private Partnership). Cette phase vise à valider des cas d’usage pour des applications industrielles verticales dans des environnements de test 5G réalistes et commercialement pertinents. 5G-Victori se concentre sur les cas d’usage dans les secteurs des transports, de l’énergie, des médias et des usines du futur.

Quel est l’objectif de ce projet ?

NN : L’objectif est triple. Premièrement, l’intégration de différents environnements opérationnels 5G requis pour la démonstration d’une grande variété de cas d’usage. Deuxièmement, des tests à grande échelle dans les secteurs des transports, de l’énergie, des médias et des usines du futur, sur des plateformes 5G situées à Sophia Antipolis (France), Athènes (Grèce), Espoo et Oulu (Finlande), permettant aux partenaires de valider leurs cas d’usage en vue d’un déploiement plus large des services. Troisièmement, la transformation des infrastructures fermées en environnements ouverts où les ressources et les fonctions sont proposées au secteur des télécommunications et aux industries verticales par le biais de référentiels communs.

Quels défis technologiques et scientifiques devez-vous relever ?

NN : Un certain nombre de verrous ont été identifiés pour chacun des quatre cas d’usage. Ils seront traités durant le projet dans leur environnement 5G (voir figure ci-dessous).

Dans le secteur des transports, nous validons d’une part la durabilité des services essentiels, tels que la prévention des collisions, et d’autre part les applications mobiles à large bande améliorées, telles qu’un streaming vidéo 4K (Ultra Haute Définition), en situation de mobilité à grande vitesse dans les environnements ferroviaires. Les principales difficultés prises en compte dans 5G-Victori sont, premièrement, l’interconnexion des dispositifs embarqués avec le bord de voie, et du bord de voie avec le réseau périphérique ou central (voir figure ci-dessous) ; et deuxièmement, la livraison garantie des données critiques liées au chemin de fer, et des services de signalisation traitant des éléments embarqués et au sol, en utilisant une plateforme logicielle commune.

Dans le secteur de l’énergie, le défi consiste à faciliter le comptage intelligent de l’énergie, la détection des pannes et la maintenance préventive en tirant parti de l’échange de signaux à faible latence entre les sous-stations et le centre de contrôle sur les réseaux 5G. Les opérations d’exploitation de l’énergie à haute et à basse tension sont prises en compte.

Concernant les médias, il s’agit de permettre à des réseaux de diffusion de contenus diversifiés de fournir des services dans des environnements denses, statiques et mobiles. En particulier, la continuité du service de streaming vidéo 4K dans les scénarios mobiles avec une couverture réseau 5G doit être assurée, ainsi que le transfert en masse de gros volumes de contenus pour les services personnalisés de vidéo à la demande (VoD).

Enfin, pour l’usine du futur, l’enjeu principal est la conception et le développement, sur un réseau 5G, d’un système de gestion des utilitaires numériques entièrement automatisé, et présentant des solutions de surveillance avancées. De telles solutions doivent être en mesure de suivre toutes les opérations, de détecter les pannes d’équipement, et d’appuyer le processus décisionnel des premiers intervenants sur la base des données collectées.

Comment les chercheurs d’EURECOM contribuent-ils à ce projet ?

NN : EURECOM est l’un des partenaires clés de ce projet car il fournit ses installations de test 5G opérationnelles, basées sur les plateformes OpenAirInterface (OAI) et Mosaic5G. L’installation offre des solutions de réseaux définies par logiciel (SDN), de virtualisation des fonctions réseau (NFV) et de calcul multi-accès Edge (MEC) pour les réseaux 5G. En outre, EURECOM concevra et développera une solution complète de découpage de réseau 5G qui sera utilisée pour déployer un réseau 5G virtualisé adapté aux cas d’usage mentionnés. Enfin, EURECOM prévalidera un sous-ensemble de scénarios pris en compte dans le projet.

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Qui sont vos partenaires et quelles sont vos collaborations ?

NN : Le projet compte 25 partenaires européens (voir figure ci-dessous) : académiques, PME, opérateurs de réseau, fournisseurs d’accès à Internet… EURECOM joue un rôle clé dans la mesure où il fournit, d’une part des technologies 5G via les plateformes OpenAirInterface et Mosaic5G, et d’autre part des installations de déploiement et de test 5G situées sur le campus de Sophia-Antipolis.

Quelles sont les retombées attendues du projet ?

NN : En plus des retombées scientifiques en termes de publications, le projet fournira des supports dans le développement et la maintenance continus des plateformes logicielles OpenAirInterface et Mosaic5G. Cela nous permet également de valider si le réseau 5G est capable de fournir les cas d’usage considérés avec les performances attendues. Nous prévoyons également de tirer parti de nos résultats en fournissant des commentaires, lorsque cela est possible, aux organismes de normalisation tels que 3GPP et ORAN.

Quelles sont les prochaines étapes importantes du projet ?

NN : Au cours de la première année, le projet s’est concentré sur le perfectionnement de l’architecture 5G et des plateformes logicielles pour permettre une exécution efficace des cas d’usage envisagés. Au cours de la 2e année, le projet se concentrera sur le déploiement des cas d’usage sur les installations de test 5G cibles fournies par 5G-EVE, 5G-VINNI, 5GENESIS et 5G-UK.

En savoir plus sur le projet 5G-Victori

Propos recueillis par Véronique Charlet pour I’MTech

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