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Wi6labs : des réseaux de capteurs sur mesure

Incubée à IMT Atlantique, la start-up Wi6labs propose l’installation de réseaux de capteurs connectés aux communes et aux industries. Sa particularité ? Des réseaux privés faciles à mettre en place, et surtout développés sur-mesure. Appliquée au pilotage de l’énergie, de la distribution d’eau ou de la surveillance de la qualité de l’air, la solution de Wi6labs séduit par sa simplicité et les économies qu’elle permet de réaliser. Elle est présente au CES 2019 de Las Vegas avec la délégation IMT.

 

C’était il y a près de trois ans. En juillet 2016, le maire de Saint-Sulpice-la-Forêt, commune située à 10 km au Nord-Est de Rennes, prend connaissance d’une fuite sur le réseau de distribution d’eau de la ville. Depuis un an, les factures de consommation d’eau de la commune ne cessaient d’augmenter. En tout, c’est l’équivalent de 26 piscines olympiques qui étaient parties dans la nature. La découverte de la fuite représente donc un soulagement pour le maire. Mais comment faire en sorte qu’un tel incident indétecté ne se reproduise pas ? Pour éviter de gaspiller de l’eau à nouveau, Saint-Sulpice-la-Forêt fait appel à une start-up locale : Wi6labs.

« Nous avons proposé au maire d’installer des capteurs sur le réseau d’eau » se rappelle Ulrich Rousseau, fondateur de la jeune pousse. « En une nuit, ces objets connectés peuvent détecter une fuite et la localiser. » Satisfait du résultat, le maire renouvelle le partenariat pour surveiller la température et la consommation énergétique des bâtiments publics. Le réseau de capteurs révèle par exemple que l’école est chauffée la nuit et pendant les vacances scolaires. En adaptant ses pratiques suite aux données des capteurs connectés, la commune économise dans l’année qui suit 7 400 € sur les 50 000 € de dépense énergétique annuelle. « L’installation de notre solution a nécessité un investissement de 20 000 €, elle a été rentabilisée en trois ans » synthétise Ulrich Rousseau.

Pour Wi6labs, le cas de Saint-Sulpice-la-forêt était un pilote, un premier essai pour tester la pertinence de la start-up. Le succès de l’opération leur a permis par la suite de s’adresser à d’autres collectivités locales, puis à des entreprises. À chaque fois, un point commun : la fuite d’eau. « C’est notre porte d’entrée chez nos clients. Tous connaissent ce problème et sont convaincus par notre approche pour y faire face » explique l’entrepreneur. Et une fois le compteur d’eau équipé et les premières données récupérées, les ajustements dans les pratiques de consommation pour réduire la facture font suffisamment leur preuve pour poursuivre l’opération.

De fil en aiguille, la start-up propose à ses clients des solutions pour surveiller la qualité de l’air, pour ajuster la consommation de gaz. Dans le cadre d’un partenariat avec Keolis, un opérateur de transports publics, Wi6labs a mis au point un réseau de capteurs pour indiquer à l’entreprise la fréquentation de ses bus en temps réel. « Nous étudions des cas spécifiques, que ce soit dans les communes ou les entreprises, et nous répondons à la demande sur mesure pour satisfaire tout un tas de besoins » résume Ulrich Rousseau.

Wi6labs s’empare des zones blanches

Toutes les solutions de la start-up sont construites autour de son produit Wiotys, une plateforme pour piloter un réseau LPWAN. Ces réseaux basse consommation et longue portée sont ceux utilisés pour faire communiquer des objets connectés. Wiotys permet de déployer des réseaux de capteurs de manière indépendante et isolée. Autrement dit : les capteurs de Saint-Sulpice-la-Forêt ne communiquent qu’entre eux, et sont pilotés à l’échelle locale. L’approche est donc différente de celle des opérateurs de télécommunications comme Orange ou Bouygues, qui déploient un réseau à l’échelle nationale permettant d’y connecter des capteurs.

Cette différence a de nombreuses implications. D’abord des avantages. Les réseaux de Wiotys ne sont pas limités par les zones blanches des grands réseaux d’opérateurs. Saint-Sulpice-la-Forêt n’est par exemple desservie par aucun réseau LPWAN des opérateurs nationaux. Impossible donc d’y connecter des capteurs. Ensuite, cela permet de faire du sur-mesure. Par exemple, si une entreprise veut facturer son client à partir de la donnée d’un capteur, elle doit envoyer une information dans le sens descendant du réseau, c’est-à-dire dans le sens inverse qui permet d’envoyer l’information du capteur vers la plateforme (c’est le sens montant). « Les opérateurs ne sont pas du tout à l’aise pour faire cela, parce que ça leur coûte cher de réserver une partie du réseau pour descendre la donnée vers le capteur. Pour nous, c’est juste un besoin à prendre en compte au moment du dimensionnement du réseau » nous explique Ulrich Rousseau.

En revanche, certaines fonctionnalités assurées par les opérateurs ne sont pas prises en charge. C’est le cas du roaming, c’est-à-dire la capacité d’un capteur à changer de borne de connexion lorsqu’il se déplace. « Pour les clients qui s’adressent à nous, ce n’est pas un problème en général : un compteur d’eau ou un capteur d’air reste fixe » fait remarquer le fondateur de Wi6labs. La start-up fait le pari d’éliminer certaines fonctionnalités complexes pour gagner en facilité d’installation. « Ce que nous vendons à nos clients, c’est une solution rapide et simple à mettre en place. Un peu comme une box que l’on installe au domicile : on branche et ça marche. »

Aujourd’hui, Ulrich Rousseau assure que la start-up ne connaît plus de barrière technologique. Ses cas d’usage l’ont amené à travailler aussi bien à 20 mètres sous terre que dans des situations de demandes complexes de clients. La vraie limite se situe surtout au niveau de l’acceptabilité sociale, en particulier dans les communes. « Du jour au lendemain, on explique à un agent de la ville qui rentrait les valeurs des compteurs dans un tableur Excel que ce sont nos capteurs qui vont faire ce travail à présent » problématise Ulrich Rousseau. « Il faut donc mettre à jour ses fonctions, le former pour lui apprendre à piloter les capteurs. »

Ces changements sont loin d’être modestes pour des agents qui exerçaient des tâches sans rapport avec le numérique pendant des années. À l’échelle d’une commune, ils demandent également des adaptations pour intégrer les temps de formation des agents et les nouvelles missions de ceux-ci. Les résistances au niveau social sont donc parfois importantes et leur légitimité ne doit pas être minimisée. Pour Ulrich Rousseau, la responsabilité d’expliquer l’importance et l’intérêt des changements qu’entraîne Wi6labs relève aussi de la responsabilité de la start-up. « Il nous faut être pédagogique. Pour nous, cela implique par exemple de montrer concrètement aux riverains et aux agents de mairie le gain en euros pour la commune, plus que de parler de kilowattheures. » En somme : changer la perception que les citoyens ont de l’énergie, pour mieux les sensibiliser à la transition énergétique et environnementale.

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