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Le concours du plus mauvais polluant de l’air

Laurent Alleman, IMT Lille Douai – Institut Mines-Télécom

Dans un rapport publié le 28 juin 2018, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a présenté une liste de 13 nouveaux polluants de l’air à surveiller en priorité.

Une série de polluants de l’air, nocifs pour la santé humaine, est déjà réglementée et placée sous étroite surveillance au niveau européen (selon les directives de 2004 et de 2008) : NO2, NO, SO2, PM10, PM2,5, CO, benzène, ozone, benzo(a)pyrène, plomb, arsenic, cadmium, nickel, mercure gazeux, benzo(a)anthracène, benzo(b)fluoranthène, benzo(j)fluoranthène, benzo(k)fluoranthène, indéno(1,2,3,c,d)pyrène et dibenzo(a,h)anthracène.

Si certains sont bien connus et souvent cités dans la presse, comme l’ozone ou les particules PM10 et PM2,5, d’autres demeurent beaucoup plus confidentiels. Il faut également souligner que cette liste demeure limitée au regard du nombre important de substances émises dans l’atmosphère.

Comment ces 13 nouveaux polluants identifiés par l’Anses ont-ils été choisis ? Sur quels critères ? C’est ce que nous proposons d’expliquer ici.

La sélection des candidats

Identifier de nouvelles substances présentes dans l’air ambiant, à surveiller en priorité, constitue un travail long mais passionnant. C’est un peu comme choisir le bon candidat dans un concours de beauté ! Il faut tout d’abord sélectionner des juges indépendants et des experts du domaine, puis définir les règles qui permettront de repérer les meilleurs candidats parmi les concurrents.

Le groupe de travail réunissant les experts a développé, au cours des deux dernières années, une méthode spécifique afin de tenir compte de la diversité physique et chimique des candidats rencontrés dans l’air ambiant.

Pour rassembler tous les participants à ce « concours de beauté », les experts ont d’abord créé une liste de base des polluants chimiques d’intérêt non encore réglementés. Les experts n’ont pas retenu certains candidats tels que les pesticides, les pollens et moisissures, les gaz à effet de serre ou les radioéléments, car ils font l’objet d’autres évaluations ou sortent du champ de l’expertise.

Cette liste de base repose sur les informations fournies par des associations agréées pour la surveillance de la qualité de l’air (AASQA) et des laboratoires de recherche nationaux tels que le Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) et le Laboratoire interuniversitaire des systèmes atmosphériques (LISA), sur la consultation d’experts d’organismes nationaux et internationaux tels que l’Agence européenne de l’environnement (AEE), du Canada et des États-Unis (US-EPA), ainsi que le recensement établi par des organismes internationaux comme l’OMS.

Cette liste a enfin été complétée par une étude approfondie des publications scientifiques internationales et nationales récentes portant sur des polluants considérés comme « émergents ».

Au final, la liste comporte 557 candidats ! Imaginez un peu la bousculade…

Les principaux polluants de l’air. (AFP/YouTube, 2018).

Le classement des finalistes

Les candidats sont ensuite répartis en quatre catégories, selon les données disponibles concernant la mesure dans l’atmosphère et leur danger intrinsèque.

La catégorie 1 regroupe les substances ayant un risque potentiel pour la santé. Viennent ensuite les catégories 2a et 2b qui rassemblent les candidats pour lesquels l’acquisition de nouvelles données de mesures dans l’air ou sanitaires est nécessaire. Les substances non prioritaires – dont les concentrations dans l’air ambiant et les effets sanitaires ne mettent pas en évidence de risque pour la santé – rejoignent la catégorie 3.

Une recatégorisation de certains polluants a été réalisée par la suite pour certains candidats d’exception, comme les particules ultrafines (dont le diamètre est inférieur à 0,1 µm) et le carbone suie, compte tenu de leurs enjeux potentiels en termes d’impacts sanitaires pour la population.

Les experts ont enfin hiérarchisé les polluants identifiés comme prioritaires au sein de la catégorie 1 pour sélectionner le lauréat incontestable de ce concours de beauté hors norme.

Et le gagnant est…

Le gaz 1,3-butadiène figure en tête des 13 nouveaux polluants de l’air à surveiller selon l’Anses. Il est suivi par les particules ultrafines et le carbone suie, pour lesquels un suivi renforcé est recommandé.

Le 1,3-butadiène est un gaz toxique provenant de différentes sources de combustion telles que les pots d’échappement des véhicules, le chauffage ou les activités industrielles (plastique et caoutchouc). Plusieurs campagnes de mesures ponctuelles en France ont montré des dépassements fréquents de sa valeur toxicologique de référence (VTR) – valeur qui établit une relation entre une dose et un effet.

Sa première place sur le podium n’est pas surprenante : il avait déjà remporté un trophée au Royaume-Uni et en Hongrie, deux pays où il existe des valeurs de référence de sa concentration dans l’air. De plus, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le 1,3-butadiène comme cancérogène certain pour l’homme dès 2012.

Pour les dix autres polluants de la liste de l’Anses, une surveillance accrue des émissions est conseillée. Ces dix polluants, dont les dépassements des VTR sont plutôt observés dans des contextes particuliers (industriels notamment) sont, par ordre de risque décroissant, le manganèse, le sulfure d’hydrogène, l’acrylonitrile, le 1,1,2-trichloroéthane, le cuivre, le trichloroéthylène, le vanadium, le cobalt, l’antimoine et le naphtalène.

Cette sélection constitue un premier pas vers l’ajout du 1,3-butadiène à la liste des substances actuellement réglementées en France. Et si cette proposition est transmise par le gouvernement français à la Commission européenne, elle pourrait être incluse dans la révision en cours de la directive de 2008 sur la surveillance de la qualité de l’air, d’ici fin 2019.

La méthode de classification développée étant évolutive, on peut penser que de nouveaux concours seront organisés dans les années à venir afin d’identifier d’autres candidats.The Conversation

Laurent Alleman, Associate professor, IMT Lille Douai – Institut Mines-Télécom

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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