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BioDigital fait la « lumière » sur la falsification des identités

Depuis l’arrivée des technologies de reconnaissance par empreinte digitale dans les applications grand public, en particulier pour smartphone, les techniques de fraude utilisant des leurres ou « faux doigts » se sont véritablement développées. Pour lutter contre l’usurpation d’identité des personnes, Télécom SudParis mène la charge dans le domaine des contre-mesures avec une toute nouvelle technologie.

 

Une simple empreinte digitale ne suffit pas à identifier un individu. Avec une bonne imprimante 3D, il est en effet possible de se greffer sur la peau une autre empreinte, factice, et passer pour quelqu’un d’autre … Plus maintenant : des chercheurs de Télécom SudParis ont développé une technologie de contre-mesure qui identifie non seulement l’empreinte externe de votre doigt (l’empreinte digitale), mais aussi son empreinte interne et son réseau de pores de sudation ! BioDigital – c’est son nom – est un lecteur biométrique breveté et développé par Bernadette Dorizzi et Yaneck Gottesman, chercheurs en biométrie et optique à Télécom SudParis. Ils travaillent actuellement sur un prototype avec la société IDEMIA.

Un lecteur biométrique nouvelle génération

Reposant sur la technique de tomographie en cohérence optique, ce bijou technologique permet une identification sans contact des empreintes. « On envoie de la lumière dans le doigt et, comme un écho, elle renvoie des informations au lecteur qui diffèrent selon la profondeur », explique Yaneck Gottesman, l’un des deux chercheurs à l’origine de cette innovation. « Le résultat est très proche d’une image radar mais à des résolutions microscopiques » et, avec le relief, permet de comparer les différentes empreintes d’une même personne. Autrement dit, si ses empreintes externes et internes correspondent, on peut considérer que cette personne n’a pas falsifiée son empreinte digitale. A l’inverse, si, par exemple, le réseau de pores de sudation (un ensemble de petits tuyaux, grâce auxquels on transpire) est trop dense, c’est sans doute qu’une couche de peau supplémentaire a été rajoutée : la personne a donc certainement essayé de falsifier son identité en superposant une fausse empreinte digitale sur son empreinte externe naturelle.

« Aller voir à l’intérieur du doigt sans avoir besoin d’y toucher permet de l’observer plus en détails et d’éviter les erreurs », remarque Bernadette Dorizzi, experte en biométrie. En effet, des doigts trop humides ou abimés par le travail manuel ne peuvent plus, avec BioDigital, fausser l’identification. « Mais la véritable originalité de notre technologie, c’est sa qualité de reconstruction de l’image de l’empreinte interne », affirme-t-elle. Yaneck Gottesman, aidé par les travaux de thèse de François Lamare, chercheur à Télécom SudParis, a réussi à obtenir « l’image la plus naturelle possible, grâce à la fusion des d’images de phase et d’intensité. L’idée, explique-t-il, est d’utiliser des techniques moins exploitées, mais pleines de possibilités ».

Vers une technologie multidisciplinaire ?

« La sécurité, c’est toujours une course contre le fraudeur, rappelle Yaneck Gottesman, cela vaut également lorsqu’elle est fondée sur des données biométriques ». Les techniques de falsification d’identité vont souvent aussi vite que l’évolution des technologies biométriques actuellement sur le marché. La prochaine étape serait, selon lui, d’exploiter d’autres types de biosignatures, comme le relief des capillaires sanguins, ou « imaginer une adaptation de la technologie pour la reconnaissance d’iris ».

Yaneck Gottesman et Bernadette Dorizzi cherchent d’ores et déjà à appliquer la technologie du lecteur BioDigital à l’imagerie médicale : « en adaptant son ergonomie, évoque le premier, on pourrait l’utiliser afin d’identifier le relief d’hématies anormales, pour détecter le paludisme, ou de bactéries invasives, dans le cas de maladies nosocomiales ».

Bernadette Dorizzi est directrice de la recherche et des formations doctorales de Télécom SudParis. Experte en biométrie, elle était responsable du département Électronique et Physique (EPH) jusqu’en 2009 et coordonnait le réseau européen d’excellence BioSecure.

Yaneck Gottesman est chercheur en biométrie et optique, au sein du département Électronique et Physique de Télécom SudParis. Il est membre de l’équipe TIPIC (Traitement de l’Information Pour Images et Communications) du laboratoire Samovar (unité mixte de recherche Télécom SudParis/CNRS) et travaille également au centre Nano INNOV à Paris-Saclay.

La version originale de cet article a été publiée sur le site de Télécom SudParis

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