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bernadette Dorizzi, femme

« On doit pouvoir dire aux filles qu’elles peuvent faire les mêmes métiers que les garçons »

Pour la journée de la femme, nous nous sommes entretenus avec Bernadette Dorizzi, directrice de la recherche à Télécom SudParis. Retour sur son parcours, sa carrière ; et discussion autour de la place des femmes dans les mathématiques et la physique qu’elle affectionne tant.

 

« Je suis fière d’avoir eu un métier comme le mien et fière de ma carrière. J’ai beaucoup travaillé et je me suis beaucoup battue pour ça », nous confie Bernadette Dorizzi, directrice de recherche à Télécom SudParis. Une femme à la carrière remarquable dans un univers habituellement dirigé par des hommes. Le temps d’un entretien, elle nous présente son histoire professionnelle et ses réflexions sur la place des femmes dans son domaine de recherche.

 

Pourriez-vous nous décrire votre parcours ?

Bernadette Dorizzi : J’ai fait l’Ecole normale supérieure de Fontenay-aux-Roses en mathématiques. J’ai ensuite eu l’agrégation mais je n’avais pas envie d’enseigner dans le secondaire. Je me suis donc tournée vers la recherche en faisant ce qu’on appelait à l’époque une thèse d’Etat en physique théorique. Une fois ma thèse terminée, je me suis rendue compte que quelque chose me gênait dans les mathématiques : je n’arrivais pas à communiquer facilement ce que je faisais. J’ai réalisé que j’avais besoin de plus de relations et d’être en lien avec des gens. Je me suis alors orientée dans le domaine de la reconnaissance des formes en lien avec l’apprentissage automatique et l’intelligence artificielle. J’ai été embauchée chez Thomson mais je ne m’y suis pas plue car je me suis sentie trop contrainte par les directives de l’entreprise.

C’est alors que je suis arrivée à Télécom SudParis en 1989. On peut dire que j’y ai fait carrière parce que j’y suis toujours ! J’ai pu y monter des projets et faire progresser des choses. De ce fait, j’ai beaucoup changé de poste. Après avoir été « simple » enseignant-chercheur, j’ai été responsable d’un département pendant 14 ans et suis maintenant directrice de la recherche. Dans ma carrière, j’ai toujours essayé de concilier animation d’équipe et activité de recherche. Cette dernière se fait vraiment en interaction avec les autres et en lien avec la société et puis j’aime aussi l’aspect management.

Je suis heureuse de ma vie professionnelle, j’ai pu m’épanouir sur différents aspects de ma personnalité. J’ai eu de la chance mais j’ai aussi beaucoup travaillé pour en arriver là. Quand j’ai commencé, c’était la deuxième promotion à l’école polytechnique où il y avait des filles et ça m’a beaucoup marquée. J’ai grandi à un moment où les filles n’avaient pas les mêmes possibilités, elles étaient séparées des hommes. Mais j’ai toujours été valorisée dans mon milieu familial et j’avais envie de montrer qu’en tant que femme je pouvais faire plein de choses sans être féministe.

 

Qu’est-ce qui vous a attiré dans les mathématiques et la physique ?

BD : J’aimais ça tout simplement. J’étais bonne à l’école et ça me plaisait. La logique, la façon de prendre les choses… Ce qu’il y a derrière les mathématiques, c’est d’être capable d’analyser une situation et d’en faire une synthèse. Ça me correspond très bien. C’est quelque chose qui m’a énormément structurée et a structuré ma pensée aussi. Ça m’a aidée pour faire de la physique tout comme pour gérer un département. La rigueur mathématique, dont on parle tant, peut servir dans plein de domaines de la vie, y compris la vie personnelle, d’ailleurs.

 

Selon vous, pourquoi les femmes sont peu représentées dans ces domaines de recherche ?

BD : Honnêtement je ne sais pas trop. Moi ça m’a toujours paru naturel, donc j’ai du mal à penser pourquoi ça ne l’est pas pour une autre femme. Après, il y a des aspects culturels sur lesquels on peut agir. C’est-à-dire changer les modèles. Il y a peut-être l’idée que quand on fait des mathématiques et de la physique, on est un peu isolé. Je pense qu’une caractéristique féminine est d’avoir un certain relationnel et un souci des autres dans le bon sens du terme. Ça ne veut pas dire que les hommes ne le font pas. Les formations de type sciences dures peuvent peut-être donner la sensation d’ouvrir sur un métier éloigné du relationnel.

Il y a sûrement un facteur social. J’ai toujours pensé que dans l’éducation, on devait pouvoir dire aux petites filles qu’elles pouvaient faire les mêmes métiers que les garçons. C’est un peu dommage qu’il y ait des images un peu trop stéréotypées des métiers d’hommes ou de femmes.

 

La mixité est-elle importante pour faire avancer la recherche ?

BD : Je pense que la mixité est importante pour tout ! C’est extrêmement bien l’interaction homme-femme à partir du moment où il y a un respect mutuel. Il ne faut pas leur demander de faire exactement la même chose, d’être similaires ou de penser de la même façon, mais par contre il faut se respecter dans la différence. Savoir profiter de cette complémentarité. Personnellement, je pense qu’il y a des caractéristiques féminines et masculines mais qu’elles s’expriment chez les deux sexes.

La mixité change les rapports des hommes entre eux et des femmes entre elles. C’est-à-dire qu’en présence d’une femme, les hommes ne se comportent pas de la même manière entre eux et inversement. Je l’ai vécu dans ma carrière. Des équipes mixtes permettent d’avoir un autre type de comportement et de changer la teneur des réunions. C’est un vrai plus.

 

Avez-vous observé une évolution de la place des femmes dans la recherche depuis vos débuts ?

BD : La recherche est un milieu où il y a toujours eu des femmes, parce que c’est un métier assez souple qui facilite le fait de pouvoir adapter son temps pour faire face à la vie familiale. Toutefois, le problème des carrières n’est pas le même que celui du travail effectif. Par exemple, je pense que c’est plus facile pour une femme de faire carrière dans la recherche que dans une entreprise. Ceci dit, auprès de mes étudiants, je vois désormais des femmes monter des start-up avec des hommes. Il y a une nette évolution dans la société.

En revanche, la différence est plutôt marquée entre les disciplines. En biologie et santé, il y a quand même beaucoup plus de filles qu’en physique. Peut-être est-ce lié à cette attirance pour le souci des autres dont je vous ai parlé. Ce qu’il faut comprendre, c’est que ce n’est pas parce qu’on fait des maths qu’on ne peut pas s’occuper des autres !

 

Comment encourager les femmes à s’investir d’avantage dans ce domaine de recherche ?

BD : L’éducation joue un rôle très important dans l’orientation professionnelle. Les choix d’avenir dépendent de ce qui est porté par la famille comme positif. Ce n’est pas génétique mais comportemental. L’école a également son rôle à jouer. Ou le « para-école ». On développe beaucoup l’associatif et l’idée de faire les choses par soi-même. Je pense que ce sont des bon créneaux pour changer les idées préconçues.

 

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