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L’expérimentation, cœur de la médiation scientifique à La Rotonde

L'exposition Mondo Minot de La Rotonde s'adresse aux enfants dès l'âge de 2 ans. Un véritable défi en termes de médiation scientifique.

Lieu d’exposition, de médiation, et plus largement de culture scientifique, technique et industrielle, La Rotonde est un centre de Mines Saint-Étienne un peu atypique. Il a pour mission de diffuser les connaissances aux différents publics, jeunes ou plus âgés, passionnés de sciences ou simples curieux. Pour son directeur Guillaume Desbrosse, il s’agit avant tout de donner le goût des sciences, et de permettre à chacun et chacune d’exercer la démarche d’investigation. Pour cela, La Rotonde base toutes ses médiations sur l’expérimentation.

 

« Je n’aurais pas dû venir ici ». Une phrase qu’aucun médiateur de lieu culturel ne souhaite entendre venant de son public. Guillaume Desbrosse, directeur du centre de culture scientifique, technique et industrielle (CCSTI) La Rotonde, à Saint-Étienne, cherche à provoquer le sentiment inverse. « Nous voulons que les visiteurs se sentent inclus, qu’ils réalisent qu’ils ont totalement leur place à La Rotonde, quel que soit leur niveau en sciences » prévient-il.

Afin d’être le plus inclusif possible, ce CCSTI mise donc sur l’expérimentation. Exit les panneaux classiques avec légendes donc, et place à la manipulation. À La Rotonde, aucune exposition n’est proposée sans expériences pour le public à réaliser. Ni sans médiateurs pour l’accompagner dans l’appréhension des résultats tirés de son interaction avec des outils scientifiques. Au-delà d’un contact plus direct avec les sciences, l’expérimentation permet également de mettre en place une démarche scientifique et de développer l’esprit critique. « Nous mettons le public dans la même position qu’un chercheur dans son laboratoire » résume Guillaume Desbrosse.

La manipulation est reconnue comme le point fort de La Rotonde. « C’est ce qui fait notre identité, ce qui plait au public » assure-t-il. Concevoir les sciences comme sources de plaisir est un élément essentiel de la vision du CCSTI stéphanois. La notion de découverte est donc très présente dans les activités proposées aux différents publics. Guillaume Desbrosse martèle d’ailleurs que « la curiosité n’est pas un vilain défaut, bien au contraire ! »

 

La Rotonde, laboratoire d’idées et d’innovation

Et l’équipe de neuf personnes de La Rotonde ne recule pas devant la prise de risque. En 2012, le centre a mis au point l’exposition « Mondo Minot » pour les touts petits, reprise pour une seconde édition entre février et novembre 2016. Ouverte dès deux ans, cette exposition est un véritable pari. « Les propositions culturelles pour le public maternel sont pauvres, alors dans le milieu de la culture scientifique, c’est même un désert ! » pointe Guillaume Desbrosse. Et de poursuivre : « Personne n’ouvre une exposition à partir de cet âge. En général, le minimum admis est de trois ans, mais nous avons travaillé pour proposer une inclusion dès deux ans. »

Dans le cas de cette exposition, l’ambiance a été particulièrement soignée. L’équipe a fait appel à des scénographes pour mettre au point un environnement graphique et immersif poussé. Une yourte a été installée, et les enfants peuvent passer d’un module à un autre en traversant une armoire un peu particulière. Le discours et les expériences sont construits autour des cinq sens, ce qui permet une découverte des sciences ludique et pédagogique, adaptée à un public aussi jeune.

La Rotonde n’hésite donc pas à innover et à développer de nouveaux procédés de médiation. En ce sens, elle justifie complètement son statut de centre de culture scientifique de Mines Saint-Étienne ; école qui abrite aussi l’espace d’exposition de La Rotonde. Cette proximité avec le monde de la recherche est « un vrai atout » pour le directeur du CCSTI.

 

L'équipe de La Rotonde base ses médiations sur l'observation et la manipulation. Un procédé qui permet d'engager même les plus jeunes publics.
L’équipe de La Rotonde base ses médiations sur l’observation et la manipulation. Un procédé qui permet d’engager même les plus jeunes publics.

 

Rapprocher publics et chercheurs

Concevoir des actions de vulgarisation scientifique autour d’expériences avec l’accompagnement de médiateurs demande un important travail de rigueur. Chaque manipulation, chaque module est développé en étroite collaboration avec des chercheurs. « Nous sommes des professionnels de la vulgarisation, mais pas des professionnels des sciences » reconnaît humblement Guillaume Desbrosse. Les scientifiques sont même sollicités pour parler de leur spécialité auprès du public. « Nous voulons créer du lien et de l’interaction entre la science et la société, notre travail consiste à imaginer les modèles de médiation culturelle et créer les conditions de cette rencontre » poursuit-il.

L’équipe de La Rotonde fait donc la part belle au contact direct entre chercheurs et publics, avec des réflexions approfondies sur leur mise en relation. Car derrière se joue aussi le démantèlement de stéréotypes encore nombreux sur la figure du scientifique. « C’est un travail de longue haleine, parce qu’il y a beaucoup de préjugés. Dans l’inconscient des gens, un chercheur est un homme, en général âgé, replié sur lui même et peu en interaction avec la société civile » regrette le directeur de La Rotonde.

 

Redorer l’image des sciences

Lutter contre ces idées reçues se fait en amenant par exemple des femmes chercheuses ou des jeunes doctorant(e)s au cœur de La Rotonde. Mais aussi lors des interventions que le CCSTI fait auprès des classes hors les murs. L’équipe s’est ainsi livrée à une petite expérience. En amont de la venue d’un chercheur auprès d’élèves dans des établissements scolaires, ils ont demandé aux enfants de dessiner leur imaginaire d’un chercheur. Beaucoup avaient alors la vision stéréotypée décrite précédemment. Les élèves ont ensuite dessiné une nouvelle représentation après le passage du scientifique, pour un résultat plus réaliste. « La rencontre avec un ou une chercheur fait tomber le mythe, c’est l’occasion d’ouvrir le champ des possibles notamment pour les jeunes filles qui ont du mal à se projeter dans des métiers scientifiques » constate Guillaume Desbrosse.

Bâtir ou rebâtir une conscience de la recherche et de ses acteurs est une mission que La Rotonde et son équipe ont à cœur de mener. Guillaume Desbrosse souhaite avant tout combler la rupture entre les sciences et la société : « Il y a une défiance envers les sciences, envers l’innovation. Ce qui m’intéresse, c’est de construire une habitude culturelle auprès de tous les publics, de donner du goût aux sciences. » Derrière cette volonté, un désir de construire une société basée sur la pensée rationnelle. Un objectif qui ne pourra être atteint que par un effort collectif, dans lequel La Rotonde compte bien jouer son rôle.

 

Guillaume Desbrosse, directeur de La Rotonde.Guillaume Desbrosse, intermédiaire entre sciences et publics

Attiré par les sciences depuis tout petit, Guillaume Desbrosse débute son cursus universitaire à Poitiers afin de devenir enseignant. Il découvre alors un attrait pour la diffusion des savoirs et obtient une licence professionnelle de médiation scientifique à Tours. Il trouve dans ce métier un contact avec le public et les sciences qui correspond à ses attentes.

Il rejoint La Rotonde à Saint-Étienne en 2012 comme chargé de projet. Guillaume Desbrosse amplifie par la suite son bagage dans le domaine de la vulgarisation avec un Master en communication scientifique effectué à Grenoble. En 2015, il devient directeur de La Rotonde, avec pour ambition d’y poursuivre les efforts d’innovation en médiation culturelle des sciences.

 

Découvrez La Rotonde

 

Le+bleuLa Rotonde, un CCSTI acteur de la société et du territoire

Le mouvement des centres de culture scientifique, technique et industrielle (CCSTI) débute en 1979 à Grenoble avec La Casemate. Suit la Cité des sciences à Paris en 1986. D’autres CCSTI sortent de terre par la suite, dont La Rotonde en 1999. Ce dernier est le seul intégré dans une école d’ingénieur : Mines Saint-Étienne. Il offre aux élèves ingénieurs un regard sur la diffusion des savoirs scientifiques et sur le partage avec la société.

La Rotonde, comme tout CCSTI, se veut acteur du développement social et économique en offrant aux citoyens des clés de compréhension des grands enjeux scientifiques contemporains. Son ancrage local lui permet de rayonner notamment dans l’ensemble du réseau de la culture scientifique de sa région. La Rotonde est tête de réseau sur le département de la Loire pour l’organisation de la Fête de la science, coordonnant toutes les activités du département autour de cet événement. Au-delà d’un espace d’exposition dans l’enceinte de Mines Saint-Étienne, La Rotonde mène de nombreuses activités hors les murs, auprès d’écoles, de centres culturels, de structures associatives et touche 40 000 visiteurs par an.

 

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