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Blockchain, Patrick Waelbroeck, Télécom ParisTech
A blockchain consists of successive additions of date-stamped and time-stamped data combined into “blocks”.

Quèsaco la blockchain ?

bouton quesacoDifficile à décrire, la blockchain peut être présentée comme une base de données en ligne. Sa particularité ? Ce registre numérique est infalsifiable, car sécurisé au travers d’un processus collaboratif. La participation de chaque individu est motivée par une rétribution sous la forme de monnaie électronique. Mais quelles sont les utilisations de la blockchain ? Les monnaies ainsi créées sont-elles compatibles avec les modèles économiques existants ? Patrick Waelbroeck, économiste à Télécom ParisTech, démythifie la blockchain pour ce nouvel article de notre série Quèsaco.

 

Que se cache-t-il derrière le terme « blockchain » ?

Patrick Waelbroeck : La blockchain est une technologie. Elle correspond à un cahier sécurisé numérique. Lorsqu’un individu veut enrichir ce registre d’un élément, tous les autres utilisateurs de la blockchain sont mis à contribution pour acter cet ajout de façon indélébile. Pour cela, un problème algorithmique leur est soumis. Lorsqu’un des utilisateurs résout le problème, il atteste par la même occasion de la validité de l’ajout, et le marque d’un sceau informatique daté et inaliénable. Une nouvelle entrée ne peut donc pas être falsifiée ou antidatée, car les autres utilisateurs ne peuvent authentifier que des ajouts en temps réel. Les nouveaux éléments sont regroupés en blocs, puis ceux-ci sont placés à la suite de blocs plus anciens formant ainsi une chaîne de blocs — ou blockchain.

Pour que ce mode de sécurisation du registre fonctionne, il faut trouver une règle d’incitation afin de motiver les utilisateurs à résoudre l’algorithme. Lorsqu’une demande d’ajout est faite, ils sont donc tous mis en concurrence et le premier qui trouve la solution reçoit une monnaie électronique. Celle-ci peut être le Bitcoin, mais aussi l’Ether ou d’autres crypto-monnaies.

 

La blockchain est-elle à la portée de tout un chacun ?

PW : Non, d’autant plus qu’il faut du matériel spécifique qui est relativement coûteux et qu’il faut mettre à jour régulièrement. Tout le monde ne peut donc pas générer de la monnaie par résolution des algorithmes. En revanche, une fois cette monnaie créée, elle peut circuler et être utilisée par n’importe qui. Il est possible d’échanger la crypto-monnaie contre des monnaies courantes sur des places boursières spécialisées.

Ce qui est fondamental c’est la notion d’anonymat et de confiance. Toutes les modifications du registre sont enregistrées de manière définitive, sûre et peuvent être consultées. De plus, la gestion est décentralisée : il n’y a pas un unique acteur responsable de la certification, c’est un système qui s’auto-organise.

 

À quoi peut servir le registre que constitue la blockchain ?

PW : Les banques s’intéressent beaucoup à la blockchain parce qu’il est possible d’y mettre plein de choses dedans, comme des actifs qui ne coûteront alors que quelques centimes — contre quelques euros actuellement. Un tel registre peut également servir à référencer des titres de propriété intellectuelle ou des données de cadastre. Certaines universités envisagent de lister les diplômes attribués dans une blockchain. Cela attesterait de manière irréfutable et datée du diplôme d’une personne. L’une des autres grosses applications possibles, ce sont les smart contracts : des contrats automatisés qui pourront valider des tâches et des rémunérations liées. Dans cet exemple, l’avantage est que la relation entre salariés et employeurs n’est pas basée sur une confiance mutuelle parfois fragile. La blockchain joue le rôle d’intermédiaire de confiance, décentralisé et incontestable.

 

Qu’est ce qui bloque encore le développement de la blockchain ?

 PW : Il y a de gros enjeux de passage à l’échelle. Avec les technologies actuelles, il serait difficile de pouvoir traiter toutes les données générées par une blockchain utilisée à grande ampleur. Au niveau légal, beaucoup de limites existent également. Par exemple, pour reprendre le cas des smart contracts, il est difficile de définir de quel objet juridique il s’agit. En termes de sécurité, tout n’est pas clairement établi non plus. Par exemple, que se passerait-il si un État demandait un accès privilégié à la blockchain ? Sur le même plan, si la clé d’un registre public n’est détenue que par un acteur, cela peut poser des problèmes de sécurité. Des équilibres assez fragiles sont donc encore à consolider.

 

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