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L'énergie éolienne offshore devrait représenter 6 000 MW en 2020. Crédits : Kim Hansen et Richard Bartz.

Un drone pour le contrôle des éoliennes offshores

Incubée à Mines Nantes depuis moins d’un mois, Sterblue a remporté le 3 novembre dernier le prix Coup de pouce Ouest 2015. Un signe encourageant pour cette jeune start-up qui développe une solution de détection automatique d’anomalies sur des infrastructures à l’aide de drones. Un service qui pourrait trouver des applications dans l’inspection d’éoliennes offshores.

 

En matière d’énergie éolienne, l’objectif français est annoncé depuis 2007 et le Grenelle de l’environnement : en 2020, 25 000 MW devront être produits, dont 6 000 MW par des éoliennes offshores. Pour remplir cet engagement, la France a notamment prévu la mise en service de 6 parcs éoliens au large de ses façades maritimes nord et ouest, de Dieppe à Saint-Nazaire. Si un tel dispositif peut s’avérer prometteur dans le contexte de la transition énergétique — une éolienne de 2 MW fournirait à elle seule l’électricité pour 2 000 personnes — les éoliennes ont néanmoins une face cachée. Pour assurer la sécurité de ces infrastructures, il est en effet nécessaire de mettre en place des inspections lourdes et coûteuses. Le contrôle de ses pales demande ainsi une demi-journée d’arrêt du mécanisme et 4 à 6 techniciens amenés sur le site par bateau ou par hélicoptère pour contrôler l’état des surfaces en hauteur. Afin d’alléger une telle opération, Sterblue travaille sur une solution remplaçant cet équipage par un drone autonome qui partirait directement de la côte. Un projet à l’évidence prometteur, puisque la jeune entreprise a remporté le 3 novembre 2015 le premier prix du concours Coup de pouce Ouest 2015 qui se déroulait à Mines Nantes.

L’avantage est notable sur bon nombre de secteurs. L’utilisation d’un drone électrique permettrait par exemple l’économie des 500 000 litres de fuel consommés chaque année en Europe avec les moyens actuels. Équipé d’une caméra optique, le drone offrirait également l’économie de l’équipe de techniciens embarqués, réduite à un pilote et un membre Sterblue en charge du post-traitement dans leurs locaux des images récupérées. Enfin, le drone pouvant inspecter la hauteur de la structure plus vite qu’une équipe sur place, il entraîne une économie de temps. L’inspection d’une éolienne ne demanderait ainsi plus que deux heures d’arrêt du dispositif, permettant au drone d’en contrôler jusqu’à trois par jour.

L'inspection d'une éolienne offshore nécessite son arrêt durant une demi-journé. Un drone permettrait de s'affranchir de cette contrainte.
L’inspection d’une éolienne offshore nécessite son arrêt durant une demi-journée. Crédits : Harald Pettersen/Statoil.

Un drone autonome

Afin d’optimiser au mieux le post-traitement des images acquises, « le drone repèrera des éléments caractéristiques de la structure, et les inspectera de façon autonome et reproductible » nous explique Geoffrey Vancassel. La détection des anomalies sera ainsi automatisée. L’appareil saura se positionner par rapport à l’édifice et repérer de façon intelligente les zones importantes. « Le pilote ne sera là que d’un point de vue réglementaire, pour superviser le vol » ajoute-t-il. Chaque inspection exploiterait ainsi au mieux les capacités d’autonomie du drone : 40 à 45 km et 5 à 10 minutes de vol stationnaire. Des performances adaptées au travail de l’appareil, puisque les champs éoliens se situent souvent à une vingtaine de km des côtes.

Geoffrey Vancassel admet qu’il reste du travail à faire, notamment sur l’aérodynamique et la structure afin d’obtenir un drone qui soit aussi performant en phase de mouvement qu’en vol stationnaire. « Il est important que le drone soit stable si nous voulons récolter des images de qualité » précise-t-il. Rien d’anormal cependant : Sterblue est encore jeune. La start-up n’a rejoint l’incubateur de Mines Nantes que le 23 octobre 2015.

Champs éoliens offshores français à l'horizon 2023 pouvant être surveillés par des drones.
Champs éoliens offshores en France à l’horizon 2023. Crédits : Ministère du développement durable.

Perspectives 2016

Bien que récemment montée, Sterblue a déjà développé son premier prototype de drone, dont le premier vol a eu lieu l’été dernier. Les tests opérationnels sont quant à eux prévus pour le premier semestre 2016. Afin de les réaliser, Sterblue est en contact avec des industriels, au Danemark et en Allemagne entre autres puisque les champs d’éoliennes offshores sont déjà en place dans ces pays. Côté français, le drone pourrait être testé sur des infrastructures de réseau électrique, comme des lignes à haute tension. Les deux fondateurs n’excluent pas en effet de trouver d’autres applications à leur produit. Pour autant, ils assurent ne pas vouloir se disperser, car la qualité du service vient également de l’optimisation de la solution d’inspection pour des infrastructures spécifiques. Si tout se déroule comme prévu, la commercialisation pourrait débuter fin 2016, soit juste avant le début de l’aménagement des premiers parcs éoliens offshores en France.

 

Le+bleu

Les lauréats du prix Coup de pouce Ouest 2015

Remis le 3 novembre dernier, le prix Coup de pouce Ouest 2015 soutient les projets et entreprises de moins de deux ans. Ce concours est organisé en partenariat avec la fondation Le Roch – Les Mousquetaires, qui le dote à hauteur de 20 000 €. Pour cette édition, Mines Nantes était à l’honneur. L’école, qui accueillait la cérémonie de remise des prix, a vu son incubateur truster le podium. Car si Sterblue a remporté le premier prix, le deuxième et le troisième prix ont également été raflés par des start-up de l’incubateur de Mines Nantes.

Smart Cast est ainsi le deuxième prix de ce concours. La jeune entreprise propose des solutions d’industrialisation des chantiers de construction à partir d’une maquette numérique.

Le troisième prix a été attribué à EnerDigit, une start-up offrant une valorisation de l’effacement de consommation électrique des acteurs industriels. Concrètement, cela consiste à inciter financièrement une entreprise à diminuer sa consommation lors des pics de demande énergétique afin de ne pas saturer l’offre sur le réseau électrique. Pour cela, EnerDigit s’appuie sur des moyens numériques innovants qu’elle développe elle-même.

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